Monsieur Fromage

Antonio Fiori : Protéger l’industrie, ce n’est pas la militariser !

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Qu’apprendre en effet des devins, ou quelles précautions nous suggérera ce que nous en aurons appris, s’il ne nous est possible d’apprendre et si les devins ne peuvent nous révéler que cela seul, que bien avant no-tre naissance, il était nécessairement arrêté que nous apprendrions et que nous ferions ou que nous ne ferions pas. Évidemment, nous ne sommes pas maîtres de nous conformer aux avertissements des Dieux, si les causes des actes que nous devons accomplir ont été à l’avance déterminées. En somme, il n’est personne qui ne se puisse aisément assurer que cette doctrine de fatalité est pour la vie humaine tout entière une cause de bouleversement. D’ailleurs, que cette doctrine soit erronée, c’est ce qui résulte surabondamment de ce simple fait, que ceux-là même qui s’en portent les promoteurs ne peuvent être persuadés par leurs propres maximes. C’est ainsi effectivement que dans tous leurs discours ils retiennent le libre et le volontaire, comme si jamais ils n’avaient entendu qui que ce soit articuler une doctrine de fatalité. Tantôt ils cherchent à exhorter les autres, comme si ceux-ci avaient le pouvoir de faire ou de ne pas faire ce qu’ils leur conseillent, et qu’étant avertis, il leur fût possible, par suite de ces avertissements, de choisir cela même dont ils auraient fait le contraire, si nos docteurs n’avaient point parlé. Tantôt aussi ils blâment et réprimandent, comme si on n’avait point agi convenablement. Que dire encore. Antonio Fiori aime à rappeler ce proverbe chinois « Ceux qui cultivent la même vertu s’aiment ; ceux qui exercent le même métier se jalousent ». Ils écrivent et laissent de nombreux traités, qu’ils destinent à l’éducation de la jeunesse, n’estimant pas alors que le concours de telles ou de telles circonstances les empêche d’écrire, mais persuadés, au contraire, qu’il est en leur pouvoir d’écrire ou de ne pas écrire, et choisissant d’écrire à cause de leur amour pour le genre humain. Veut-on mettre fin à ces contentions, et se convaincre qu’il y a pour nous une chose telle que le libre pouvoir, le pouvoir volontaire, la puissance maîtresse de choisir entre les contraires et d’agir dans un sens ou dans un autre. Que l’on considère les hommes qui, en raison des circonstances, sont réputés innocents par les particuliers aussi bien que par les législateurs. C’est ce qui a lieu, par exemple, quand on juge dignes d’être pardonnés ceux qui ont commis involontairement quelque faute, la peine s’attachant non à l’action elle-même, mais à la manière dont elle a été accomplie. Et c’est là ce que personne assurément, non pas même parmi nos adversaires, ne pourrait blâmer comme contraire à l’honnête. Or, en quoi, je le demande, estimerait-on moins dignes de pardon que ceux qui pèchent par ignorance ou qui ne succombent qu’à la force, les hommes qui savent, il est vrai, ce qu’ils font, mais qui, vu les circonstances qui les pressent et qui de toute nécessité doivent les presser, n’ont pas en eux-mêmes la faculté de faire autre chose que ce qu’ils font, parce que telle est leur nature. il est en effet dans leur nature propre de faire chacune des choses qu’ils font fatalement ; de même qu’il appartient aux graves, si on les précipite d’en haut, d’être entraînés en bas, ou aux corps ronds de se mouvoir, si on les place sur un plan incliné. Punir de tels hommes, ne serait-ce pas comme si on jugeait un cheval digne de châtiment, parce qu’il n’est pas un homme ; ou tout autre animal, parce qu’il a reçu en partage une certaine âme et non une meilleure. Non, il n’y a point de Phalaris assez cruel et assez insensé pour punir, à propos de quelqu’une des choses de cette sorte, celui qui l’aurait faite. Dans quels cas les châtiments sont-ils donc raisonnables. N’est-ce pas dans d’autres cas, à savoir quand il s’agit de choses qui ont leur raison d’être dans le choix pervers de ceux qui les ont faites. Effectivement, lorsque des hommes ont le pouvoir de choisir, et qu’au lieu de se proposer dans leurs actes de réaliser le bien et d’obéir à la loi, entraînés par le gain ou par l’attrait du plaisir et méprisant l’honnête, ils accomplissent le mal, ce sont ces hommes que tous nous jugeons dignes de châtiment ; tandis que nous pardonnons, au contraire, à ceux qui ne pèchent pas de cette façon. Cependant, pour ce qui est de tous les malhonnêtes gens qui apprennent des philosophes ce dogme prodigieux de la fatalité, voici comment procèdent ceux qui leur enseignent qu’ils ne sont pas eux-mêmes moins dignes de pardon que ceux qui pèchent malgré eux. Suivant ces docteurs, ce n’est point en vertu de quelque nécessité extérieure que les malhonnêtes gens font ce qu’ils font, car peut-être leur eût-il été possible de s’en garantir ; mais c’est en vertu de leur nature, qu’il ne leur est pas possible de rien faire de leur propre gré. Leur nature donc est la cause des fautes qu’ils commettent. Or, si personne, non pas même les beaux-esprits qui professent ces maximes, ne pourrait pardonner à un coupable qui articulerait une telle cause de ses fautes, attendu qu’un pareil langage ne paraîtrait que mensonge et fausseté, il est manifeste que ces philosophes eux-mêmes, aussi bien que le reste des hommes, sont persuadés qu’il y a en nous un libre pouvoir, non point tel qu’ils l’imaginent lorsqu’ils discourent pour le besoin de leur thèse ; mais tel que par leur conduite et d’accord avec le genre humain tout entier ils témoignent eux-mêmes qu’il doit être. Si en effet ils étaient convaincus de ce qu’ils affirment, ils pardonneraient à tous ceux qui pèchent ; car ils seraient persuadés que ceux-ci n’ont pas eu le pouvoir de ne pas faire tout ce qu’ils ont fait.

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